De même qu’il existe des commissariats de proximité, des juges de proximité, des avocats de proximité, des garages de proximité, des commerces de proximité, des banques de proximité, une armée de proximité, je pense qu’il est nécessaire de créer une télévision de proximité.
La réunion sera l’émission.
Et l’émission sera la réunion.
Et comme thème de la première réunion, je propose de réfléchir en commun et de répondre collectivement à ces questions :
Qu’une ce qu’un programme ?
Qu’est ce qu’une grille ?
Qu’est-ce qu’une chaîne ?
Qu’est ce qu’un commanditaire ?
Qu’est ce qu’un individu isolé ?
Qu’est ce qu’un journaliste ?
Qu’est ce qu’un militant associatif ?
Qu’est ce qu’un auteur ?
Qu’est ce qu’un Spectateur ?
AVANT PROPOS
Contrairement à la règle non écrite de l’auto-fiction, l’auteur de Moi Autobiographie 15e version n’a pas été la victime d’un inceste familial ou collectif, il n’a effectué (à cette date) aucun séjour en centre de détention, il n’a pas fréquenté un camp de naturiste peuplé de professeurs soixante-huitards et n’a jamais exprimé le désir de retrouver des racines familiales dans un des pays fraîchement libérés du joug soviétique.
Je joue dans mes films depuis vingt-cinq ans. Ce sont des films dans lesquels j’incarne mon militantisme. Pour ce moyen-métrage, je me propose d’aller au bout de ma démarche en donnant toute sa vie au personnage que je suis devenu. Je jouerai donc un rôle, le mien.
Mes films n’ont jamais été séparés de ma vie. Ils en sont une extension. Parce que le monde tel qu’il est m’est insupportable, faire des films ou écrire me permet de faire basculer le monde dans un autre monde. Faire des films c’est créer un cadre dans lequel je peux pousser l’autre et moi-même vers autre chose. J’ai toujours à l’esprit d’interpeller le spectacle, c’est-à-dire de mêler l’imaginaire au réel sans qu’il soit possible de le discerner afin de proposer un nouveau monde tout de suite, donc une utopie.
Mon personnage épouse mes thèses, mais il me permet d’en rire. Mon personnage prête à rire, son physique, sa maladresse, son bégaiement mais aussi son opiniâtreté, ses contradictions, sa surenchère permanente. L’humour est la toile de fond du film. Mon personnage est contre tout, y compris lui-même, mais il est aussi porteur d’une utopie et portée par elle.
Malgré les difficultés du quotidien, la difficulté d’être cohérent,
l’utopie reste belle.
Note(s) de l’Auteur
Le Grand Soir a débouché sur un grand bond en arrière.
Les héros de la rébellion et les artistes “engagés” sont désormais à l’écoute du citoyen. Moi autobiographie 14ème version et sa prise de parole individuelle désobéit à cette nouvelle esthétique.
Dans « moi autobiographie », rien d’extraordinaire n’est accompli, ni exploit, ni emprisonnement, ni réussite, ni échec.
Le film c’est le quotidien d’un personnage.
Le spectacle en tant que spectacle n’est plus fondé sur la fiction et donc sur l’émotion, mais sur un quotidien : le quotidien d’un oisif bavard et agité. Cette oisiveté revendiquée et assumée se heurte au monde, à son efficacité.
Le personnage ne parvenant plus à discerner son quotidien de sa propre mise en scène s’enfonce dans la culpabilisation. Cette ligne politique qui varie au gré des événements, au gré des rencontres, n’est peut-être qu’un prétexte, un simple rapport de séduction destinée à s’attirer les faveurs des femmes, des producteurs et des divers responsables du mouvement alternatif.
Comme si en quelque sorte, tout discours politique ne serait destiné qu’à suppléer l’impossibilité de la rencontre, de l’amour, de la vie toute simple.
Le personnage est conscient qu’il fait du cinéma, qu’il n’est pas un révolutionnaire, que le cinéma n’est que spectacle et il sait qu’on peut se demander si son but n’est pas uniquement de faire parler de lui bien qu’il prétende qu’il n’existe pas.
Mon personnage - et donc à travers mon personnage tout individu - tente de définir son propre cadre de vie, son hymne à la liberté au sein d’une collectivité ou d’une structure intime et amoureuse.
La contradiction personnelle se nourrit de la contradiction générale. Il s’agit en fait d’opposer une absurdité personnelle à une absurdité générale.
Je ne fais pas mon cinéma.
Je suis mon cinéma.
Mon ‘je’ devient collectif.
Je suis mon propre porte-parole
Je suis un groupe. Autonome.
Mise en scène
Le paradoxe de ce film est de se vouloir une autobiographie mais d’être traité avec plusieurs degrés de lecture : parfois comme une fiction, parfois comme un documentaire ou mieux encore comme un happening.
Pourtant la part de fiction sera souvent plus en adéquation avec ma vie intime alors que la part de documentaire ne sera pas toujours le reflet de ma réalité.
Certaines séquences du film seront de la fiction pure et seront jouées par des comédiens connus du public.
Certaines séquences du film seront au contraire créées dans un dispositif de documentaire, de happening.
D’autres encore mélangeront les deux dispositifs.
Sur le tournage
Le film est tourné majoritairement en Super 16 mais d’autres supports sont utilisés, comme une palette : couleur, noir & blanc, vidéo, super 8, archives, pour une scène, un climat, un moment du film, donnant une impression de diversité propre à l’autobiographie ainsi qu’à l’humeur du personnage.
Il y a un mouvement, une circulation constante entre l’autobiographie et l’imaginaire, entre les évènements réels et les scènes inventées, et ainsi les situations oscillent entre onirisme et trivialité.
Sur l’interprétation
Du point de vue de l’interprétation, une grande simplicité est de mise, costumes, maquillage, sont réduits au minimum par désir de réalisme.
Dans certaines scènes, la femme triste, l’ANPE, le tribunal, le voisin, seront demandées la collaboration de comédiens connus du public, renforçant ainsi la notion de fiction, d’insincérité du personnage.
Pierre MEREJKOWSKY
A vior les autres films de Pierre avec Lardux Films :
A PROPOS D’ERIC P en 2001
INSURRECTION / RESURRECTION en coprod avec Les Films Sauvages
L’AUBE en 2007














